L'Intelligence Artificielle n'était pas sa spécialité mais il avait pourtant une aura suffisante pour faire entendre sa voix sur ce sujet. Scientifique britannique reconnu, astrophysicien de génie, spécialiste des trous noirs, Stephen Hawking est décédé mercredi à l'âge de 76 ans des suites de la maladie de Charcot. Une information qui a fait le tour du monde pour cet homme qui ne se départissait jamais de son humour au moment de livrer ses opinions sur l'IA. Et si Stephen Hawking était un lanceur d'alerte en avance sur son temps ?


Stephen Hawking était un homme qui aimait cultiver ses paradoxes. Terre à terre, rationnel et scientifique, il passait pourtant son temps la tête dans les étoiles pour pratiquer sa discipline de prédilection : l'astrophysique. Spécialiste des trous noirs, le Britannique est décédé mercredi dernier des suites de la maladie de Charcot. A 76 ans. Un dernier paradoxe pour ce sujet de sa Majesté qui n'aimait rien tant que profiter de la vie malgré l'omniprésence du mal dont il souffrait. De la mort, Stephen Hawking n'en avait pourtant pas peur et préférait en rire. "Je vis avec la perspective d'une mort précoce depuis 49 ans. Je n'ai pas peur de la mort mais je ne suis pas non plus pressé de mourir. Il y a tant de choses que je veux faire d'abord", expliquait-il d'ailleurs dans les colonnes du Guardian en mai 2011.

Un discours emprunt de nuances sur l'Intelligence Artificielle


Une vie après la vie ou un paradis caché, Stephen Hawking n'était pas non plus du genre à y croire : "Je considère le cerveau comme un ordinateur qui cessera de fonctionner lorsque ses composants tomberont en panne." Et d'ajouter : "Il n’y a pas de paradis ou d'au-delà pour les ordinateurs en panne ; c’est un conte de fées pour les gens qui ont peur du noir." L'auteur du best-seller Une brève histoire du temps était un athée convaincu. "Parce qu’il y a des lois comme la gravité, l’univers peut et doit se créer lui-même à partir de rien. […] La création spontanée est la raison pour laquelle il y a quelque chose plutôt que rien, pourquoi l’univers existe, pourquoi nous existons. Il n’est pas nécessaire d’invoquer Dieu pour appuyer sur la touche « on » et faire démarrer l’univers."

Sad news ! RIP Stephen Hawking 🤖😭 #AI #ArtificialIntelligence #science

Publié par forecasting.ai sur mercredi 14 mars 2018

Le natif d'Oxford, décédé à Cambridge (paradoxe quand tu nous tiens), n'était cependant pas non plus ce que l'on pouvait appeler un savant fou. Au contraire, ses paroles sensées ont toujours été une source d'inspiration pour le grand public et ses confrères. Vulgarisateur hors pair, Stephen Hawking avait sans aucun doute l'intention de faire gagner la raison sur le coeur ou la passion. Il en était ainsi pour le domaine de l'Intelligence Artificielle pour lequel il suivait de près les progrès scientifiques et son évolution. Certains auraient sans doute l'envie de le faire passer pour un rabat-joie ou un conservateur. A vrai dire, son discours sur l'IA était beaucoup plus emprunt de nuances. Conscient des avancées, il avait surtout le souhait d'une Intelligence Artificielle éthique et profitable à l'être humain quand certains y voient aujourd'hui une manne d'argent, un outil de manipulation ou de communication et de buzz.

"Le développement d’une IA complète pourrait mettre fin à l’humanité"

Alors oui, Stephen Hawking était avec Elon Musk l'un des cosignataires de la lettre ouverte sur les armes autonomes en janvier 2015. Mais plus que d'inquiéter les populations, c'était surtout une façon pour lui de prévenir des dérives que pourrait entraîner une Intelligence Artificielle non maîtrisée ou non contrôlée. En décembre 2014, Stephen Hawking avait déjà jeté un premier pavé dans la mare lors d'un entretien avec nos confrères de la BBC : "Je pense que le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité. Une fois que les hommes auront développé l’intelligence artificielle, celle-ci décollera seule, et se redéfinira de plus en plus vite. Les humains, limités par une lente évolution biologique, pourraient ne pas rivaliser et seraient dépassés." A l'occasion du Web Summit de Lisbonne en novembre 2017, il avait encore précisé sa pensée : "Nous devons être conscients des dangers, les identifier, et employer les meilleures pratiques et cadres pour nous préparer à ses conséquences bien en avance. La montée de l’IA pourrait être la pire ou la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’humanité."


Cette dernière phrase résume finalement assez bien l'avis de Stephen Hawking sur l'IA. Loin de se juger omniscient, Stephen Hawking ne pouvait présager de l'avenir, tout juste tenter d'imposer des garde-fous pour ceux qui tenteraient de développer des IA de plus en plus puissantes, voire totales ou dirigées contre ses congénaires. Mais Stephen Hawking avait aussi un réel espoir : que l'Intelligence Artificielle soit bénéfique à tous et devienne par conséquent "la meilleure chose qui soit arrivée à l'humanité." En octobre 2016 du côté de Cambridge, il résumait ainsi lors de l'inauguration d'un centre de recherche sur la place de l'IA dans la société : "Nous ne pouvons pas prédire ce que nous pourrons réussir quand nos esprits seront amplifiés par l’IA. Peut-être qu’avec les outils de cette nouvelle révolution technologique, nous serons capables de défaire certains dégâts sur la nature de la précédente – l’industrialisation. Et nous pourrons espérer éradiquer enfin la maladie et la pauvreté." Et de conclure, non sans humour : "Nous passons beaucoup de temps à étudier l’histoire, à savoir, admettons-le, principalement l’histoire de la stupidité. C’est un changement bienvenu que des personnes étudient à la place le futur de l’intelligence."


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