Dimanche, la France a dominé la Croatie (4-2) en finale de la Coupe du monde 2018. Une affiche et un résultat qu'aucun algorithme ou aucune Intelligence Artificielle n'a réussi à prédire.

On ne va pas se mentir. La finale de la Coupe du monde 2018 et le résultat entre la France et la Croatie (4-2), dimanche dernier à Moscou, étaient difficilement prévisibles. L'affiche était même totalement inattendue avec une sélection néophyte à ce stade de la compétition. L'Intelligence Artificielle et les différents algorithmes qui ont tenté de percé le mystère avant le début de la compétition ont eux aussi tous échoué à prédire une telle opposition. Certains dans de plus grands largeurs que d'autres...

Intelligence Artificielle et algorithmes à la limite du hors-jeu

Avant le coup d'envoi du dernier match de l'épreuve quadriennale et le sacre des Bleus, city.forecasting.ai avait dressé un bilan plus que contrasté des prédictions émises par les algorithmes. Seuls deux parmi les prétendants avaient ainsi clairement pronostiqué une victoire finale des Bleus et, donc, leur statut de finaliste a minima. Mais aucun n'a évidemment vu venir la Croatie en finale et imaginé que les coéquipiers de Luka Modric auraient pu soulever le précieux trophée.

Nombreux étaient toutefois ceux qui s'étaient prêtés au jeu et avaient essayé d'appliquer leur algorithme à cette épreuve. Electronics Arts, via Fifa 18, Football Manager, pour les spécialistes du ballon rond, UBS, Goldmann Sachs, pour les pros de la finance, pas un seul n'a mis dans le mille ! Bien sûr, certains algos ont fait pire que d'autres. Il est donc temps de lever le voile et d'annoncer le palmarès de cette compétition à la marge du rectangle vert.

Cortana, l'IA de Microsoft, n'a pas vu juste pour la finale de la Coupe du monde 2018. (Microsoft)

Éliminés au premier tour des pronostics, il y a déjà Microsoft et son IA Cortana qui avaient parié sur une finale entre... le Brésil et l'Allemagne. Doublement raté ! Les Brésiliens ont subi la loi des Belges en quarts de finale, alors que la Nationalmannschaft n'a même pas été capable de franchir le premier tour du Mondial, une première dans son histoire. Quant à l'Espagne ? Piteusement sortie par la Russie, le pays organisateur, en huitièmes de finale à l'issue d'une prolongation et d'une séance de tirs au but. La France, elle, ne devait logiquement pas voir les demi-finales. Les Croates ? Ne pas franchir le premier tour. Qu'il est loin le temps où Cortana avait sacré l'Allemagne avant l'heure à la Coupe du monde 2014...

Carton rouge pour les algos de prédiction économique

La banque d'investissement Goldmann Sachs a aussi tenté le coup. Son algorithme allait-il mieux fonctionner pour trouver l'identité du champion du monde que pour anticiper la crise des subprimes en 2008 ? Là, les Tricolores atteignent le dernier carré, battus par les futurs champions du monde brésiliens... Toujours pas ! L'Allemagne est encore finaliste après avoir dominé le Portugal dans l'autre partie de tableau. Et dire que l'entreprise a simulé un million de scenarii pour arriver à un tel résultat...

Au rayon des concurrents, la banque suisse UBS a été moins ambitieuse avec "seulement" 10 000 simulations. Les programmes informatiques de prédiction économique qu'elle utilise habituellement ont-ils accouché d'un résultat plus pertinent ? La réponse est encore non avec 24% de chances de victoire pour l'Allemagne, contre 20% pour le Brésil, 16,1% pour l'Espagne, 8,5% pour l'Angleterre, 7,3% pour la France et 0,2% pour la Croatie. L'Italie (oui, oui, l'Italie) était même, selon l'algo utilisé, huitième de finaliste.

Les banques et leurs algorithmes de prédiction économique hors du coup, nous sommes donc allés voir du côté des spécialistes, des amateurs ou professionnels du ballon rond. En Suisse, le Centre international d'étude du sport a fait tourner son petit algorithme pour annoncer à son tour les favoris au titre mondial. L'Espagne, qui n'a pas franchi les huitièmes de finale, devait conquérir une seconde couronne mondiale devant le Brésil et... la France ! Placée, mais pas gagnante. Les Croates, eux, sont toujours aux abonnés absents. Quels critères discriminants l'algorithme a-t-il pris en compte ? D'abord, le temps de jeu en championnat des 23 joueurs qui ont participé au plus grand nombre de matches de qualification avec leur sélection respective. Ensuite, le niveau des clubs dans lesquels évoluent tous ces joueurs en fonction du niveau de leur championnat respectif, de la participation ou non à une compétition continentale, de leurs résultats et de leur palmarès. Ces deux critères n'ont en tout cas apparemment pas suffi à l'IA pour trouver l'identité du vainqueur et du finaliste malheureux.

En France notamment, Opta sévit depuis plusieurs années sur le marché des statistiques dans le football. La base de données sur le sujet est devenue conséquente au fur et à mesure de l'observation de la moindre rencontre nationale. Le tournoi a été simulé 100 fois, l'algorithme a été nourrie avec des données sur l'histoire des coupes du monde, les prestations et les résultats récents des sélections. Là encore, et malgré une expertise certaine, le résultat est décevant (voir plus haut).

Avec Fifa 18, Electronic Arts a trouvé la France comme finaliste de la Coupe du monde 2018. (EA Sports)

Ceux qui s'en sortent le mieux sont finalement Electronic Arts et Sports Interactive, des références dans le monde du jeu vidéo. La première entreprise édite l'incontournable Fifa 18, la simulation ultime pour tous les amoureux de ballon rond sur PC, Mac et consoles. Les seconds développent Football Manager qui vous permet sur n'importe quelle machine de devenir entraîneur de club ou sélectionneur d'une équipe nationale. EA Sports et Sports Interactive ont trouvé le futur vainqueur du Mondial en Russie avec leurs algorithmes respectifs. En tout cas, leurs pronostics étaient les moins éloignés de la réalité avec la France en finale, contre l'Allemagne pour EA Sports, face à l'Argentine pour le studio britannique. Du côté des amoureux de Fifa, la Croatie s'arrête cependant au stade des quarts de finale, stoppée par les Espagnols. En huitièmes face aux Bleus pour SI Games, la filiale de Sega.

L'Intelligence Artificielle encore loin de la réalité du terrain

Vous l'aurez compris, même les IA les plus entraînées ou les plus proches du résultat n'ont pas réussi à trouver la finale exacte. Le facteur humain dans certains cas est également très difficile à intégrer dans l'apprentissage d'une machine. "Le modèle n'inclut aucune information spécifique sur aucun joueur car nous ne connaissons pas encore la composition des équipes du tournoi. Si Messi venait à se blesser demain, les chances pour l'Argentine de gagner la Coupe du Monde se réduiraient de manière significative mais notre modèle n'intégrerait pas cela avant que l'Argentine ne joue plus de matchs et ne souffre de l'absence de Messi ", avait par exemple précisé Opta dans un communiqué de presse sur son modèle de prédiction de la coupe du monde.

Dimanche, Français et Croates sont entrés pour disputer les 90 dernières minutes de la compétition, de leur compétition. Au bout ? Un titre mondial pour les Tricolores qui les a propulsés au rang de héros nationaux. Une cruelle désillusion pour les partenaires de Modric malgré tout fêtés comme il se doit à leur retour au pays. Quel algorithme aurait bien pu prendre en considération, et à sa juste mesure, le stress d'un joueur de 19 ans devant l'objectif d'une vie ? S'est-il senti pousser des ailes ? A-t-il eu au contraire les jambes lourdes et tremblantes ? A quel pourcentage de ses capacités a-t-il joué ? Quelle Intelligence Artificielle aurait aussi pu prendre en compte la blessure d'un joueur, son remplacement, son exclusion ou une erreur arbitrale ? Aucune. Sans nul doute la glorieuse incertitude du sport, diront certains.


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