Un studio 104 de la Maison de la radio bien garni, l’Intelligence Artificielle a attiré la foule pour le Forum IA organisé par France Inter et Libération le 24 janvier dernier. Articulé autour de trois axes (l’IA dans nos sociétés, dans nos vies et dans nos têtes), ce Forum IA ne révolutionnera ni la façon de percevoir l’Intelligence Artificielle, ni la manière de la pratiquer. Présent pour l’occasion, Forecasting.ai vous en dit plus et vous raconte ce qu’il a retenu.

Le lieu est mythique, l’auditorium, ou du moins le studio 104 récemment rénové de la Maison de la radio, est prêt à accueillir la foule. Devant les portes, une queue déjà bien longue. Les hôtesses sont prêtes à dégainer leur pointeuse (avec ou sans IA ?) pour faire rentrer au compte-gouttes les spectateurs. En quelques minutes, le 1er niveau du studio 104 est déjà bondé. A tel point que certains se retrouvent même debout, sur les escaliers ou installés comme ils peuvent dans un recoin de la grande salle. Les invités et les intervenants, eux, n’ont pas ce problème, à l’instar de Yann Le Cun, le gourou de l’IA, qui peut débarquer quelques secondes avant le début des échanges pour s’installer dans son fauteuil réservé au premier rang.


L’Intelligence Artificielle a fait salle comble à la Maison de la Radio, et c’est déjà la première bonne nouvelle que Forecasting.ai a souhaité relever. L’IA rassemble ! Qu’ils soient curieux, sceptiques ou simplement dans le domaine, toutes ces personnes ont hâte de savoir ce qu’il en retourne, et nous aussi d’ailleurs. Ce Forum IA, organisé conjointement par France Inter et Libération (qui complète l’offre avec un Hors-Série Voyage au coeur de l’Intelligence Artificielle), est prêt à débuter avec le premier thème de la soirée : L’IA dans nos sociétés.

Un Forum IA "made in France"...


Les intervenants qui débarquent sur la scène de la Maison de la Radio devant une assistance studieuse sont globalement de qualité. Celle-ci a surtout hâte d’entendre Cédric Villani, mathématicien et député LRM, chargé par le gouvernement d'une mission sur l'intelligence artificielle et Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil - commission nationale de l’informatique et des libertés. Peut-être un peu moins Pascal Demurger, directeur général du groupe Maif et qui semble plutôt là pour promouvoir son entreprise et souligner l’éthique dont elle fait preuve en Intelligence Artificielle...


Malheureusement, cette assistance n’en aura pas pour son argent. Passé quelques bons mots, le discours est relativement classique et politiquement correct. Les néophytes auront certainement apprécié de découvrir cette discipline. Pour les experts, l’entrée en matière est des plus sages, loin d’une discipline dont on peut sentir sa montée en puissance au quotidien. Il en ressort même un certain esprit que l’on pourrait qualifier de “made in France”. En parler, encore et encore, théoriser - une spécialité tricolore - quand les Anglo-Saxons sont plus dans la pratique.

La question de la destruction de l'emploi


La France réfléchit beaucoup et répond par l’éthique et la philosophie à ceux qui tentent d’assimiler Intelligence Artificielle à une déshumanisation de la société. Ce sont d’ailleurs là certainement ses points forts, elle aurait tort de s’en priver. Lors d’une interview qu’elle nous avait accordée le 5 décembre dernier, Laurence Devillers, chercheuse en IA au CNRS, ne disait pas autre chose : “On sait initier des choses en France. Il faut en revanche que le gouvernement et les industriels impulsent une énergie. Si on ne donne pas les moyens, qu’on donne au moins de l’énergie pour construire et étudier ! De tout temps, nous avons été forts sur les standards et les normes. Il ne faut pas dire que l’éthique est un frein à l’émancipation de l’Intelligence Artificielle.” La question de la destruction d’emploi avec l’utilisation de l’Intelligence Artificielle est également évoquée mais là encore, point d’analyse ou de prospective. Pas de parti pris, la France reste encore dans l’arbitrage et la réflexion. Et pourquoi pas d’ailleurs ?

La protection des données est également un volet important du thème “L’IA dans nos sociétés”. Là, Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil, assure que l’autorité qu’elle dirige veille au grain. La Cnil, assure-t-elle, est en phase avec son temps et déjà prête à oeuvrer, avec le RGPD (Règlement général sur la protection des données) qui s’étendra au niveau européen, dans un monde dans lequel le Big Data va assurément encore prendre une autre dimension. C’était d’ailleurs là finalement le plus intéressant du volet sur L’IA dans nos sociétés. Apprendre que le RGPD ne concernerait pas seulement les grands groupes européens mais aussi, par exemple, les GAFAM dès que ceux-ci oeuvreront sur le vieux continent. Pour découvrir cela, il aura fallu compter sur la pertinence et la question d’un spectateur, visiblement plus intéressé par le thème que les intervenants ou les animateurs du Forum eux-mêmes.


Pour ceux qui n’ont pas abandonné leur poste en cours de route pour, par exemple, aller se restaurer dans un bar de la Maison de la Radio presque aussi mythique que son Studio 104, le second volet du ForumIA L’IA dans nos vies débute dans la foulée. Julie Gaillot, institut CSA, Michel Lutz, groupe Total, David Giblas, pour Malakoff Médéric, et Jean-Gabriel Ganascia, CNRS, prennent place dans les fauteuils pour finalement nous annoncer ce que l’on savait déjà : les Français ont déjà entendu parler d’Intelligence Artificielle et celle-ci est déjà bien présente dans nos vies ! Plus sérieusement, il est toutefois ressorti un chiffre intéressant de l’enquête diligentée par le CSA pour l’occasion : seulement 46% des sondés veulent aller voir plus loin en matière d’Intelligence Artificielle. Autrement dit, une majorité souhaiterait finalement laisser les recherches en suspens à ce stade de la situation, de peur de voir leur avenir s’assombrir. Plus étonnant encore, ce sont finalement les plus jeunes, ceux issus de la génération milléniale et que l’on pourrait croire les plus curieux, qui souhaiteraient voir les recherches s’arrêter. Les raisons semblent elles être plutôt logiques : avenir précaire, peur de vivre moins bien que ses parents et de ne pas trouver de travail.

Déjà présente dans nos vies, c’est un fait (que ce soit par exemple par le biais des bots ou les moteurs de recherche, comme le précisait Jean-Gabriel Ganascia), l’IA partage donc encore la population. Par méconnaissance du sujet ? Par choix éthiques ou philosophiques ? Sans aucun doute un peu des deux car 43% des Français ont une crainte que les robots prennent le pas sur les humains dans les années à venir, confirme encore l’institut CSA. L’IA dans nos vies est par conséquent déjà bien présente et effraie plus qu’on ne pourrait l’imaginer, quand bien même 54% des sondés estiment bien connaître le sujet.

Effrayante l’IA ? C’est finalement le dernier sujet abordé par Yann LeCun et Enki Bilal, dessinateur et scénariste, invités à échanger sur scène pour le thème l’IA dans nos têtes. Là encore, rien de révolutionnaire sauf peut-être les propos rassurants du patron du laboratoire de recherche en IA de Facebook sur une IA totale, capable d’appréhender le monde et les émotions comme un cerveau humain. Selon lui, les recherches seraient encore très loin de pouvoir produire une telle Intelligence Artificielle, voire une IA si malveillante qu’elle pourrait s’en prendre aux êtres humains comme HAL 9000 ou les terminators. Trois heures plus tard, nous voilà finalement sortis rassurés d’un tel débat avec une conclusion évidente en poche : parler de l’IA est encore le mieux à faire pour mieux appréhender ses contours et apprivoiser nos peurs.


blog comments powered by Disqus